APPELL AL PIEVEL
APPELLO AL POPOLO

APPEL AU PEUPLE

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Morges, le 13.11.2004
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En Suisse, la censure n’existe pas. Par contre, elle y fonctionne très bien. Kurt Tucholski

Trois articles de pressse dans Genève Home Information GHI du 25 novembre 2004:
Justice: le temps des "consommateurs"
Médiation civile ou pénale: un soulagement pour la justice
LE SCANDALE DES PUITS DE PÉTROLE
 

Tribunaux du 21e siècle:

Justice: le temps des «consommateurs»
Gerhard Ulrich dénonce certains ratages. Le justiciable devrait devenir un «consommateur de justice». Quelle réponse? La médiation?

Par François BAERTSCHI

Autrefois, les juges vivaient sur leur Olympe, rendant des décisions que personne ne contestait. Jusqu'au jour où un simple citoyen, Gerhard Ulrich, a commencé à se révolter suite à une pénible affaire de divorce.
«L'Appel au peuple»
De justiciable déçu, le Morgien est devenu porte-drapeau des mécontents de la justice, en créant l'association L'Appel au peuple, qui a fait des émules en Suisse romande et à Genève. N'est-ce pas le propre d'un système judiciaire de faire, dans la majorité des cas, une personne mécontente qui perd, et une autre satisfaite parce qu'elle gagne?
En fait, ce n'est pas la question qui est posée par Gerhard Ulrich. II ne met pas en cause la décision de justice, mais les erreurs objectives et d'autres dysfonctionnements.
«Dans la justice, il y a beaucoup plus de ratages que dans d'autres activités humaines, parce que ces Messieurs les juges ne sont pas contrôlés de l'extérieur», estime Gerhard Ulrich. «Cela a été comme ça pendant des siècles, durant lesquels les individus étaient écrasés par cette institution.»
Quel contrôle?
Mais le système ne se contrôle-t-il pas lui-même puisque le justiciable peut contester une décision devant un autre tribunal, à l'échelon supérieur? «C'est une révision entre juristes, un petit monde qui se connaît. Nous demandons un regard extérieur», répond Gerhard Ulrich. «II s'agit à 90% de fautes involontaires, cela arrive à tout le monde. Mais quand une erreur est commise à un moment de la procédure, on ne la remet plus en question. Les juges ne sont pas réellement contrôlés par l'instance supérieure.»
«II faut que les personnes s'imposent comme des consommateurs de justice, affirme le président d'Appel au peuple. Nous faisons des audits de certaines affaires et les juges n'aiment pas ça.» Mais l'association ne va-t-elle pas trop loin au niveau du langage, n'est-elle pas trop violente ou excessive? «Nous appelons un chat un chat», rétorque Gerhard Ulrich.
Mais notre système n'est-il pas démocratique, puisque les juges sont élus en Suisse par le peuple ou les parlements? «En général, des listes de personnes que l'on ne connaît pas sont établies sur proposition des partis. Au niveau fédéral, c'était jusqu'à présent un groupe de cinq représentants de chaque parti - les Koenigsrnacher; traduisez: ' les faiseurs de rois - qui choisissaient les juges fédéraux, des avocats pour la plupart. Mais il faudrait aussi surveiller le travail après les élections des juges. S'il n'y a pas de contrôle, les dérapages sont programmés.»

En parallèle de l'Appel au peuple, les pères et mères divorcés se sont mis, cette année, à dénoncer certains fonctionnements de la justice. Réunis au sein d'un Réseau justice et enfants (www.justiceenfants.org), ils avancent que «l'indépendance de la justice n'est pas égale à la liberté de mal faire». Ce réseau demande notamment plus de transparence dans le travail des juges et une meilleure formation, en particulier quand il s'agit d'écouter les enfants.
Médiateur de justice
Que penser du médiateur de justice, qui pourrait régler certains cas? Cette institution a été créée par le canton de Vaud pour améliorer les relations entre les justiciable et les tribunaux. «J'étais très critique au début», indique Gerhard Ulrich. «Mais il y a eu un certain effet. Par exemple, un juge d'instruction a dû s'excuser pour une erreur regrettable. Néanmoins, il y a trois questions qui me gênent.
1. Ce sont des juristes, alors qu'il faudrait des non-juristes.
2. Le Tribunal cantonal vaudois choisit des médiateurs qui ne sont donc pas indépendants.
3. Ils n'ont aucun pouvoir de décision.»
A Genève, il n'existe pas encore de médiateur de justice, mais un autre type de médiation, la médiation pénale, a été introduite pour des petits délits il y a trois ans. (lire ci-contre). Gerhard Ulrich estime que l'association Appel au peuple a eu une influence sur la justice vaudoise, qui se serait améliorée. Il se réjouit d'avoir eu des contacts avec le tribunal cantonal vaudois, le Tribunal fédéral et des parlementaires. Mais il se désole de «l'inertie de la population.» L'Appel au peuple est bel et bien décidé à faire entendre sa voix dérangeante!
 


Médiation civile ou pénale: un soulagement pour la justice

La médiation civile vient d'être légalisée à Genève. Paradoxalement trois ans après la loi sur la médiation pénale. Explications.

Par Christine ZAUGG

Madame claque trop ses talons sur le parquet ou passe l'aspirateur à des heures indues: le voisin préfère déposer une plainte plutôt que de tenter un dialogue. L'affaire, aussi agaçante pour l'un qu'insignifiante pour la partie adverse, est ensuite transmise à la justice civile, voire pénale. Des individus commettent des incivilités, injurient un tiers, ne se gênent pas pour causer des dommages à la propriété: les victimes, on peut le comprendre, déposent illico des plaintes pénales. C'est leur droit, mais dans la majorité des cas, ce droit devient une systématique, qui malgré tout, étouffe la justice et son fonctionnement. ,
II est aussi important de relever que nous vivons une époque où le dialogue est devenu malheureusement quasi inexistant, c'est-à-dire que la plainte s’est muée pour les victimes en une sorte d’arme redoutable. que ce soit dans le domaine de la diffamation. des disputes entre voisins ou d'autres affaires liées à la famille. Une liste qui n'est ici pas exhaustive mais qui démontre la tendance actuelle.
Parallèlement, voilà que le plaignant tout comme l'accusé découvrent les méandres de la justice. Découvrent la longueur des procédures. Pourquoi? Précisément parce qu'il y a désaccord et que la loi prévoit à tout un chacun de pouvoir se défendre. C'est normal. Recours, audition des témoins, attente d'une commission rogatoire: voilà plein de raisons qui font que les procédures ne se règlent pas rapidement. Et lorsqu'un juge est appelé à donner une décision dans ces genres d'affaires, immanquablement il y aura un mécontent. Des dossiers repartent à la case départ, ce qui de toute évidence entraîne une prolongation de la procédure.
Médiations
Afin que la justice ne se noie plus avec ce genre d'affaires et ceci en sachant que l'Etat ne lui octroie qu un tout petit pourcentage de son budget - les moyens manquent de toute évidence - il devenait indispensable de trouver des solutions pour les petits délits tout comme pour les affaires civiles. Ces solutions s'appellent médiation, civile ou pénale et, bien entendu, elles sont mises sur pied officiellement et par des professionnels en la matière.
Ainsi, à Genève, depuis 2001, il existe une médiation pénale, qui paradoxalement est entrée en vigueur trois ans avant la médiation civile. C'est en effet le 28 octobre dernier que Genève a adopté une loi sur la médiation civile. Mais de quoi s'agit-il exactement?
Petits délits et affaires civiles
Le Procureur général Daniel Zappelli explique comment Genève est devenue pionnière en Europe en matière de médiation, pénale ou civile: «L'idée est de mettre les protagonistes d'une affaire autour d’une table, de débattre du problème et de trouver un terrain d'entente. Le médiateur n'a pas le rôle du juge, il n'est pas là pour trancher, mais bien pour régler le problème de manière équitable. Les médiateurs sont formés, donc spécialisés. II est évident que si aucune solution ne se profile à l'issue de l'entretien, l'affaire continuera son cheminement au niveau de la justice.»
Le fait de régler des conflits via la médiation a comme but unique de rétablir les liens entre les personnes. A contrario, il ne faut pas que cette solution se transforme en «poubelle» de la justice.
Le juge de la médiation
A Genève, le juge jean Mirimanoff, président de la commission de conciliation des baux et loyers, juge au Tribunal de première instance, est l'homme dé la médiation, du moins celui qui est chargé des affaires civiles. Ancien conseiller juridique au CICR où il a été appelé à réviser la Convention de Genève, il a aussi oeuvré dans des négociations multinationales à Berne. Il a travaillé sur les projets de médiation en osmose avec les institutions de médiation et finalement le projet de loi a été amélioré par le Grand Conseil et la loi votée fin octobre.
«En incitant les gens à trouver des solutions par le dialogue, la médiation est un mode de communication qui a fait ses preuves, poursuit le juge Mirimanoff. Il est évident qu il ne s'agit non plus pas d'une panacée. ce n'est pas un outil pour se débarrasser d'un dossier pénal ou civil. Dans le domaine du civil, il s’agit d’un appel à la responsabilité. Dans des affaires pénales, si la médiation est refusée, l'auteur présumé sera jugé et la partie civile risque en revanche un classement du dossier. Les médiations dans ce genre d'affaires sont le plus souvent liées aux relations de voisinage.»
Genève pionnière
Genève fait une expérience pilote dans ce domaine pour notre pays. Les médiateurs civils ne sont pas des juges en exercice. En une à trois séances, ils tentent de résoudre le conflit de manière équitable. Dans le civil cette technique appelle à la responsabilité, et au pénal, elle n’est pas une solution pour se débarrasser d'un dossier, mais bien destinée aux petits délits. Par la suite, il est envisagé d'unifier les procédures civiles et pénales afin que d’ici 2010, elles soient le reflet de la loi fédérale. Raison pour laquelle Genève est actuellement pionnière dans le domaine, notamment depuis l'introduction de la nouvelle loi sur la médiation civile.
Le juge Mirimanoff a par ailleurs créé le 6 octobre dernier une association cantonale destinée aux magistrats chargés de la médiation et de la conciliation dont la société faîtière est européenne. II faut savoir qu'il existe déjà dans notre canton depuis une quinzaine d'années des médiations familiales et depuis la fin des années 90 les médiations commerciales.
 

LE SCANDALE DES PUITS DE PÉTROLE

Cadeau de 2 milliards: le Conseil d'Etat s'en lave les mains...

Le Gouvernement genevois refuse une généreuse proposition. Et nous ne savons toujours pas comment des dossiers ont disparu du Palais de justice.

Par François BAERTSCHI

GHI vous avait révélé cette affaire incroyable (11.11.04). Un Franco-Libanais, Joseph Ferrayé, a découvert l'invention qui a permis d'éteindre les puits de pétrole incendiés au Koweit en 1991. Des conventions pour pas moins de 17 milliards de dollars ont été signées, des sommes considérables qui sont en grande partie passées par les banques suisses.
On chipote
Joseph Ferrayé propose 1 milliard de dollars à l'Etat de Genève et 1 autre milliard à la recherche universitaire si la justice fait son travail.
Selon cet inventeur, des dizaines de classeurs ont disparu du Palais de justice genevois.
Informé de cette affaire, le député Claude Marcet (UDC) a déposé une interpellation urgente (IUE 138) le 26 octobre. Le 17 novembre, le Conseil d'Etat répond d'une étrange manière. D'abord en indiquant - un détail mesquin pour une telle affaire qui éclabousse Genève - qu'il a fallu 8 heures de travail pour des fonctionnaires: on comprend pourquoi l'administration est pléthorique et mal organisée!
S'interroger sur le fait que la justice fasse son travail normalement serait donc un réel casse-tête, qui nécessite des heures de réflexion.
Veiller sur l'exactitude
La réponse du Conseil d'Etat se révèle troublante et contradictoire. Dans un premier temps, le Gouvernement cite l'article 124 de la Constitution genevoise qui indique que «(...) le Conseil d'Etat veille à ce que les tribunaux remplissent leurs fonctions avec exactitude».
Donc, logiquement ce Conseil d'Etat devrait veiller à ce qu'aucun dossier ne se perde et que l'exactitude règne dans l'application de la justice. Ce qui n'a pas été le cas dans l'affaire Ferrayé.
Mais plus loin, dans sa réponse, le même Conseil d'Etat se lave les mains tel Ponce Pilate. Il renvoie le député au Conseil supérieur de la magistrature ou à la Commission de gestion, qui seraient chargés de ces contrôles. Le Gouvernement laisse  le soin à la Chambre d’accusation d'examiner le classement de la plainte de Joseph Ferrayé.
A la question précise de Claude Marcet, de quelle manière entends intervenir le Conseil d'Etat pour faire réapparaître les dossiers disparus dans le dossier dit de «l'affaire de l'extinction des puits de pétrole»?, le Conseil d'Etat ne répond pas précisément. Il en appelle à la Commission de gestion et noie habilement le poisson. Quelle garantie peut-on offrir au citoyen que des documents ne s'envolent pas du Palais de justice? A ces angoissantes questions, on n'apporte aucune réponse. Inquiétant.
Quant aux 2 milliards de dollars offerts à l'Etat de Genève, le Conseil d'Etat refuse d'entrer en matière. Il indique qu'il s'agit d'un «trafic d'influence, quelles qu'eussent été par ailleurs les formes mises». Mais le trafic d'influence est une action malhonnête et ne peut se faire qu'en cachette. Dans le cas précis, il s'agit d'une somme d'argent remise officiellement et destinée à figurer dans les comptes de l'Etat, avec une seule exigence: que la justice avance normalement et avec exactitude, ce qui est du ressort du Gouvernement selon la Constitution genevoise.
Au contraire, la disparition de dossiers de justice n'est-elle pas fondamentalement inacceptable? Moindre effort
Même si les fonctionnaires du Conseil d'Etat ont passé huit heures à examiner la question, ils ont laissé une inexactitude dans leur réponse. Le défenseur de Joseph Ferrayé, Me Alain Marti, n'a jamais demandé au Conseil d'Etat d'intervenir auprès du juge d'instruction qui doit être libre de toute appréciation, mais seulement au Procureur général. Ce dernier est chargé de défendre les intérêts de la collectivité.
L'affaire des puits de pétrole du Koweit, un scandale aux dimensions planétaires, dépasse de loin les petites questions locales. Mais en refusant de défendre des principes généraux, comme la bonne gestion de la justice, le Conseil d'Etat ne prend pas ses responsabilités.

Il est vrai que la loi la mieux appliquée à Genève est celle du moindre effort!
 
 

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