Article publié dans 24 HEURES du 9 janvier 2003

 

 

Le chat et la souris sur le Net

CENSURE

 

Aussitôt fermé par la justice, le site d’Appel au peuple réapparaît sous une autre adresse «Tous des pourris», «La liste des  magistrats corrompus», «La mafia des juges».... Appel au peuple et  son leader, Gerhard Ulrich, commencent à avoir de sérieux ennuis avec  la justice.

 

Le langage sans détour qu’ils utilisent au fil de leurs tracts et sur leur site internet leur vaut désormais plusieurs plaintes pénales de la part de magistrats qui n’acceptent plus de se voir traités publiquement de menteurs ou de voleurs. Il y a quelques semaines, une saisie a été effectuée au domicile de Gerhard Ulrich.

 

Substitut du juge cantonal d’instruction, Françoise Dessaux s’emploie notamment à atténuer les atteintes à l’honneur perpétrées par le biais du site  internet de l’association. Ce qui provoque évidemment de vastes remous et tend à en faire un martyr de la censure. Avec d’autant plus de virulence qu’aussitôt fermé par un fournisseur d’accès, le site d’Appel au peuple resurgit sous une autre adresse.

 

 «J’agis sur plainte, explique Françoise Dessaux. On a le droit de critiquer qui  on veut, mais non d’utiliser n’importe quels termes ou propos injurieux. En qualité de juge, j’ai l’obligation de poursuivre ces agissements. Dans un premier temps, j’ai demandé à la société en Suisse qui hébergeait leur site d’en retirer les passages litigieux. Elle a supprimé tout le site. Puis celui-ci  est réapparu à travers un provider aux Etats-Unis. A partir delà, il faut savoir qu’il est difficile d’agir pour un juge lorsque les lois des deux pays en question ne sont pas équivalentes. De plus, la liberté d’expression est une notion poussée beaucoup plus loin aux USA qu’en Suisse. De toute manière,  à supposer qu’on accède à ma demande, ils auraient beau jeu de faire réapparaître ailleurs leur site dans la demi-heure qui suit.»

 

 Sur un autre plan, la juge est intervenue auprès de certains fournisseurs d’accès helvétiques. «J’ai contacté les plus grands ou les romands, leu demandant de faire en sorte que l’internaute qui demande Appel au peuple soit dévié sur une page blanche. Ce n’est pas à proprement parler une suppression de leur site, or cette décision fait l’objet de contestations de la part de certains providers.» Que se passera-t-il avec ceux qui refusent d’obtempérer? Pour le moment, il n’y a pas d’ordonnance fédérale réglant la question.

 

GEORGES-MARIE BÉCHERRAZ