Extrait du 24Heures du 29.10.02

Les assoiffés de justice tirent la langue

Les sites internet des déçus de la justice vaudoise se multiplient. Nouveau venu ouvert par une famille expulsée, swiss-corruption.com ne fait pas dans la dentelle.Les sites internet des déçus de la justice vaudoise se multiplient. Nouveau venu ouvert par

A force de crier sa contestation et de ne rien obtenir de satisfaisant en retour, forcément, on devient féroce. C’est le cas de la famille Burdet, dans le Nord vaudois. Expulsée à l’issue d’une sombre histoire de faillite, elle défie aujourd’hui la justice vaudoise sur le site internet ouvert par Marc-Etienne, le fils. Comme son nom l’indique, swiss-corruption.com ne fait pas dans la dentelle. Il cloue au pilori la plupart des juges et certains politiques. En s’appuyant sur les appréciations virulentes livrées sur l’ordre judiciaire par le mouvement Appel au Peuple, lui aussi très en colère sur le web.

Plus que jamais, l’affaire Burdet tourne au casse-tête juridico-politique. Dernier épisode en date livré aux internautes: sa récusation du tribunal neutre tiré au sort à sa demande le 8 octobre par le Grand Conseil. "D’abord on s’est réjoui. Puis quand on a examiné la liste des juges retenus, ç’a été la consternation. Tous avaient des irrégularités à se reprocher selon les références d’Appel au Peuple." Le rêve de Marc-Etienne Burdet? "Qu’on désigne une cour composée de parlementaires!
J’ai proposé une dizaine de noms, sans les radicaux ni les PDC corrompus." Non seulement rien de semblable n’est prévu dans les lois vaudoises, mais le respect de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire interdit un tel arrangement. "La séparation des pouvoirs, principe fondamental destiné à éviter toute interaction politique sur la justice, est une notion très difficile à faire comprendre, observe Chantal Tauxe, déléguée à la communication du Département des institutions et des relations extérieures. Les gens qui protestent auprès de Pierre Chiffelle ont de la peine à saisir qu’il n’est que le ministre de tutelle de l’ordre judiciaire et non le grand patron des tribunaux."

 Tirage au sort

Prévu par la loi, le tirage au sort d’un tribunal neutre intervient notamment lorsque les justiciables récusent les magistrats de leur arrondissement. C’est le président du Grand Conseil, actuellement Francis Rossier, qui procède à l’opération. "Jadis rarement utilisée, cette procédure est de plus en plus fréquente, remarque-t-il. En l’espace d’un mois et demi, nous avons dû y avoir recours à trois reprises."  Marc-Etienne Burdet, défendu par un avocat genevois, s’apprête maintenant à lancer une salve de plaintes pénales. L’histoire dira dans quelle mesure la désignation prochaine d’un médiateur de la justice vaudoise permettra d’anticiper de pareilles impasses administratives.

Georges-Marie Bécherraz