Monsieur François Marthaler                                                                         Morges, le 24.11.03

Député et candidat au Conseil d’Etat

Route de Flumeaux 14

1008 Prilly

francois.marthaler@freesurf.ch

cc : http://www.appel-au-peuple.org

Votre lettre du 16.11.03

Monsieur,

J’accuse réception de votre courrier. Puisque vous n’êtes pas en mesure de citer les passages de nos communiqués qui vous ont choqué, force nous est de constater que votre appréciation au sujet de nos dénonciations est sommaire. Nous avons eu la satisfaction de voir d’autres députés prendre nos messages plus au sérieux, notamment votre collègue de parti, Christian van Singer.

Je maintiens que nos dénonciations ne sont pas ordurières, mais je conviens que les faits dénoncés sont peu appétissants. Il faut savoir distinguer entre les dénonciations par un langage sans détour et les méfaits des magistrats dénoncés. Les cas que nous avons analysés et partiellement documentés sur les Sites Internet www.c9c/swiss-corruption et www.appel-au-peuple.org ne sont point des « petits dossiers », comme un journaliste du « 24 Heures » a eu l’outrecuidance de les appeler.

D’ailleurs, il y a d’autres citoyens qui dénoncent les dérapages judiciaires, et vous trouvez par exemple une documentation concluante sur le Site www.magouille.ch. L’auteur s’abstient de donner des appréciations, mais il ressort clairement que le 1er juge d’instruction de la Côte, Jean-Marie Ruede et le Président du Tribunal de la Côte, Jean-Pierre Lador, ont manifestement cautionné la corruption de municipaux radicaux.

Vous me rappelez que nous disposons de nombreuses possibilités pour défendre les intérêts des consommateurs de la justice : pétition, initiative, référendum. En effet, les lois vaudoises mériteraient d’être revues sur certains points. Il serait par exemple souhaitable de transformer le système des recours (où seuls les aspects de droit sont examinés) en système d’appel (où on réexamine les faits). Puis, il faudrait donner aux greffiers de tribunal leur vrai rôle, comme dans les autres cantons suisses. Actuellement, les juges vaudois leur dictent le procès-verbal, retenant seulement que tel ou tel témoin a été entendu, mais sans préciser le contenu du témoignage. Ce qui laisse au juge toute liberté pour manipuler les faits.

Cependant, le canton de Fribourg connaît le système d’appel, et dans le canton de Lucerne les greffiers de tribunal font leur travail indépendamment des juges. Et pourtant, dans ces cantons aussi, les juges savent parfaitement comment fléchir la loi ou déformer les faits. Ce n’est donc pas le perfectionnement de la législation moyennant pétition, initiative ou référendum qui fera cesser le  dysfonctionnement de la justice. Pour cela, il faut imposer à l’appareil judiciaire un contrôle de l’extérieur. Aujourd’hui, les hommes de loi se révisent entre eux, et l’esprit de corporatisme anéantit les mécanismes de recours.

Dans le canton de Vaud, les juges cantonaux sont élus par le Grand Conseil. Il incombe donc aux députés de surveiller ces magistrats. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Vous ignorez tout simplement nos dénonciations fondées.

Nous considérons qu’il s’agit d’un devoir civique que de dénoncer les dérapages judiciaires. Par nos actions, par exemple l’organisation d’audits publics de cas précis, nous établissons la transparence, et exerçons de facto un contrôle de l’appareil judiciaire. Evidemment, ce n’est pas apprécié par les personnes dénoncées. S’il était autrement, nous ne ferions pas notre travail.

J’espère toujours que les politiciens commenceront à combattre le dysfonctionnement de la justice. Tant que ce n’est pas le cas, nous continuerons nos démarches. Il n’y a pas de paix sans justice.

Dans l’espoir que la campagne électorale actuelle dans ce canton influencera l’opinion publique, et que les citoyens prendront conscience qu’il y a un grave problème de société à résoudre, je vous présente, Monsieur, mes sentiments distingués.

 

 

Gerhard Ulrich