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En prison sans délit
interprétation
· Le Code pénal exige, dans la plupart des cas,
que le justiciable ait commis, ou au moins tenté de
commettre, un acte interdit par la loi avant que l'on
puisse l'emprisonner. Le délit d'intention n'est en
principe pas punissable s'il n'est pas suivi d'action.
Sauf dans un cas, prévu à l'article 57 du code. Si
des indices concrets laissent craindre qu'une personne
menaçante passera effectivement à l'acte, le juge peut
exiger, sur demande de la victime potentielle, que cette
personne s'engage à s'abstenir. Et pour faire bon poids,
l'obliger à fournir une garantie financière, qui serait
acquise à l'Etat en cas de manquement. Si la personne
refuse de prendre cet engagement ou de fournir les
garanties exigées, le juge peut l'y contraindre en la
mettant aux arrêts, pour un
maximum de deux mois. Professeur de droit pénal à
l'Université de Fribourg, Franz Riklin n'avait encore
jamais vu d'application pratique à l'article, et ne peut
mentionner qu'un antique arrêt du tribunal
fédéral remontant à 1945. Cet article est parfois
utilisé dans la pratique, relève un praticien. Mais il
est rarissime qu'il débouche sur un emprisonnement: dans
la plupart des cas, les personnes ainsi menacées plient.
On ne tombe pas tous les jours sur un jusqu'au-boutiste
comme Daniel Conus. Le
professeur Riklin n'a pas étudié ce dossier dans le
détail. Pour lui, à première vue, les conditions
d'application de l'article 57 semblent réunies, mais le
juriste se demande si le juge d'instruction
extraordinaire n'aurait pas pu attendre la fin du délai
de recours de dix jours pour embastiller le
récalcitrant. Il s'étonne aussi un peu que cet article,
dont le but semble être d'empêcher le passage à l'acte,
prévoie le régime des arrêts. Libre de
sortir la journée, le mauvais coucheur pourrait
facilement agir pendant ce temps. AR |